Mémoire de chimpanzé?

On le sait, le chimpanzé est l'un des animaux les plus intelligents. Des chercheurs japonnais du Research Institute de l'université de Kyoto ont montré l'étonnante mémoire immédiate, la "mémorisation photographique", de nos proches cousins.



Les chimpanzés ont tout d'abord dû apprendre à reconnaître les chiffres de 1 à 9 apparaissant sur un écran et à les pointer dans l'ordre avec le doigts, même lorsqu'il manque un chiffre dans la série.

Dans un second temps, les chiffres apparaissent un bref instant puis sont masqués par des carrés blancs. Le chimpanzé doit alors retrouver les positions, dans l'ordre, de tous les chiffres. Cela met en évidence la mémoire instantanée, et à ce jeu, les chimpanzés obtiennent des résultats carrément surprenants. L'un des sujets testés, Ayumu, passe même pour un surdoué. Il parvient ainsi à mémoriser tous les chiffres en moins d'une seconde. Pour un temps de 7 dixièmes de seconde, il obtient 80% de bons résultats. Il est même descendu à 2 dixièmes, durée à peine perceptible pour l'oeil humain!



Les chercheurs ont alors voulu comparer les résultats des chimpanzés avec ceux d'étudiants entraînés pendant 3 mois. Et vous devinez sans doute les résultats. 40% de réussite seulement! Ridiculisé donc Homo sapiens!



Cependant, les capacités de cette mémoire visuelle diminue avec l'âge, comme bon nombre de nos capacités intellectuelles et physiques! En gros, en ce qui concerne la mémoire immédiate, nous avons les mêmes capacités qu'un vieux singe! (ou qu'une vieille gueunon)



Regardez la vidéo, c'est tout simplement hallucinant!

Quand la nature échappe à notre oreille

On m'a raconté un jour comment un scientifique avait découvert que les éléphants pouvaient "communiquer" à distance au moyen de sons infrabasse. Il avait posé son enregistreur à bande magnétique à proximité d'un groupe d'éléphants toute une journée. Le soir venu il écouta la bande mais il n'y avait rien d'intéressant à écouter; que le vent et les oiseaux... Lassé d'écouter sa bande d'une traite il appuya sur le bouton d'avance rapide et découvrit alors une succession de sons qui semblaient différents de ce qu'avait enregistré son magnétophone. C'était le son qu'il recherchait. En accélérant la bande, le son devenait audible à l'oreille humaine.

De même une expérience similaire a été mené avec les chauve-souris au moyen de microphones capables de capter des sons hautes fréquences. En ralentissant la bande ces ultrasons devenaient audibles et on pu déterminer la façon dont elles repéraient leurs proies.

Parmi tous les effets sonores dont on dispose pour transformer un son, la vitesse (le pitch dans le jargon) est de loin le plus fascinant parce qu'il permet de déployer l'éventail des fréquences et d'y découvrir des textures insoupçonnées. On décèle des harmoniques qui nous échappaient. Le temps se dilate ou se contracte en interaction avec la matière même. L'échelle de notre écoute se modifie à mesure que des fréquences se déplacent dans le spectre sonore audible.

Un texte de Yb publié sur Endemic project

Une colonie de cafards contrôlée par des robots...

Ca pourrait resembler au scénario d'un mauvais film de science fiction: la planète envahie par des robots intelligents qui contrôleraient notre volonté... C'est ce que se sont amusé à faire une bande de scientifiques avec le projet LEURRE. A leur tête, Jean-Louis Deneubourg de l'Université Libre de Bruxelles, entouré de plusieurs équipes françaises (Toulouse, Rennes), pour le comportement, et suisse (Lausanne) pour la fabrication du robot.


Il a d'abord fallu réaliser de nombreuses statistiques sur le comportement des cancrelats: comment communiquent-ils? Quels sont leurs déplacements? Comment réagissent-ils face à un congénère? Tout cela a ensuite été mis sur ordinateur afin de simuler leur comportement.

Après vient une étape délicate: récupérer les phéromones des cafards, qui leur permettent de s'identifier et de communiquer. Pour cela, ils ont été plongés dans des bains de solvants afin de récupérer goutte à goutte les précieuses molécules.

Dernière étape, la fabrication du robot. Il ne ressemble pas vraiment à un cafard, tout carré qu'il est. Il ressemble plutôt à une petite boîte d'allumette. Il a été doté de capteurs à infrarouge et d'un esnseur de lumière pour repérer obstacles, congénères et zones d'ombre où se reposer. Leur programme informatique interne leur permet de piloter les pattes motrices dont ils sont munis afin de mimer les déplacements des blattes. Enfin, ils sont recouverts d'une coque en papier imbibée de phéromones commandant l'agrégation du groupe. Et mission accomplie: les InsBot (pour insecte-robot) ont été parfaitement intégrés à la colonie de cafards.



Les cafards sont des insectes ayant un comportement "pré-social". Ils vivent en groupe, se déplacent en groupe mais en gros pour le reste c'est chacun pour soi (pas comme les abeilles ou fourmis qui ont une vraie organisation).



Si on place une colonie de cafards dans un environnement clos et fortement éclairé au centre duquel se trouve deux abris, l'un étant plus opaque que l'autre, les insectes se regroupent sous l'abris le plus opaque dans 75% des cas. Bien sûr, tous vont sous le même abri. Si c'est l'autre abri qui est choisit, tous se retrouvent sous cet abri. La question qui se pose est la suivante: les cafards suivent-ils un leader ou choisissent-ils simplement le refuge où se trouvent le maximum de leurs congénères? Les scientifiques optent plutôt pour la seconde option.



Plaçons maintenant quelques mini-robots au sein de la colonie (12 cafards vivants et 4 robots). Les résultats ne changent pas. Jusqu'à ce que l'on modifie le programme des InsBot qui préfèrent alors le refuge laissant passer plus de lumière. On observe alors, dans 60% des cas, que la colonie se regroupe sous cet abri.



Habile expérience. Le but "pratique" serait d'utiliser des robots pour guider les troupeaux (moutons, vaches...) et ainsi remplacer les chiens. Ou d'utiliser ces robots pour étudier le comportement de certaines espèces difficiles à observer (difficiles à approcher, ne réagissant pas de la même façon en présence de l'homme...)

Belle réussite scientifique. Jusqu'où va-t-on aller?

She's Alive!!!

Quelle ne fut pas ma surprise ce matin quand, pénétrant dans ma cuisine et jetant un petit coup d'oeil habituel à la fenêtre, j'aperçois les pattes velues de ma bête. Elle n'est donc ni partie, ni morte. Je ne l'ai pas vue en entier, la plus grande partie de son corps restant cachée dans le coin invisible pour moi. Pas de trace d'éventuels bébés monstres. Mais j'ai pu prendre quelques photos qui j'espère vous éclaireront sur la disposition du nid et de la toile, ainsi que sur la taille de mon araignée...








D'abord la fenêtre. A droite vous voyez un joli bout de mur, c'est là que se terre l'arachnide... Entre la fenêtre et le mur, il y a un espace d'environ 2 cm par lequel elle peut passer. La toile continue jusqu'au fond, là où on ne peut plus la voir.









Euh là j'ai essayé de photographier sa toile mais je sais pas si elle est bien visible, je mets quand même la photo au cas où, on ne sait jamais, au pire vous pouvez admirez la gouttière et les fleurs derrière...










Et voilà la plus belle!
On voit ses grosses papattes et entre elles le corps du valeureux mâle qui a perdu la vie pour se reproduire (ou alors d'une plus petite araignée qui a été assez bête pour défier le monstre... Mais jpréfère quand même la théorie du mâle!!)
Ca vous donne une petite idée de la différence de taille entre les deux...


Mettez-vous à sa place, messieurs. Iriez-vous copulez avec une demoiselle dix fois plus grosse que vous sachant quel triste sort vous attend?

Sujet d'étude ?

On reste dans les animaux qui font peur avec les arachnides...



En effet, depuis deux semaines, une grosse araignée toute velue squatte le petit espace entre la fenêtre de ma cuisine et le mur. Elle a tissé une superbe toile, pas comme celle des petites araignées mais en triangle, sur plusieurs niveaux (plusieurs couches). La toile se finit tout au fond du recoint où elle "dort" (ainsi, je suppose qu'elle peut à tout moment sentir si une proie est prise au piège même quand elle est dans sa tanière) et commence à environ 20 cm de là.

L'emplacement est très pratique pour observer l'araignée de près (un double vitrage entre une araignée monstrueuse et une étudiante arachnophobe ce n'est pas de trop ^^). C'est donc ce que j'ai fait.

Je vous avoue que la vie d'une araignée n'est pas passionnante, elle reste sans bouger d'un poil pendant plusieurs heures et je n'ai pas encore eu l'occasion de la voir choper une proie.

Par contre, un évènement notable s'est produit il y a deux jours. Une araignée à peu près semblable mais beaucoup plus petite s'est approchée de la toile. Je pense que c'était un mâle, après vérification, chez l'araignée le mâle est bien plus petit. Je me suis dit que le petit gars allait passer un bien mauvais moment au vue de la taille de la femelle convoitée, d'autant plus qu'il lui manquait déjà deux pattes. J'ai passer une partie de la soirée à attendre que la belle se décide à réagir mais j'ai bien dû aller me coucher.

Le lendemain, réveil, direction la cuisine et hop! petit coup d'oeil: plus d'énorme araignée et un cadavre pris dans la toile, celui du mâle. Petit tour sur le net, le mâle ne survit jamais très longtemps après l'accouplement, soit la femelle le mange, soit il se laisse mourir dans la toile. Au vu de l'état du cadavre, je pense que le pauvre a été dévoré par la demoiselle. Je pense avoir vu mon araignée au fond du recoin mais il est trop sombre et quand met de la lumière je me prends le reflet (et la fenêtre ne s'ouvre pas). Maintenant je me demande si elle se cache et qu'elle se tapie bien au chaud pour nous faire des petits ou alors si elle est partie... (photos si la bête revient...)


"Je vient juste de manger mon mari, il y a une heure, donc je vais seulement prendre un café, merci!"

PS: merci à Raf pour la ptite image ;-)

Séquence émotion

ELVP vient de trouver une maîtresse affectueuse et fidèle pour sa célèbre mascotte. Nous présentons nos excuses aux lecteurs qui n'ont pas été retenus pour cette adoption. Vous pouvez continuer à postuler pour garder Sam le week end, ou construire un aquarium pour le 'genus Psychrolutes' qui traine sur ma banquette arrière.


Merci à tous pour votre participation !!



Sont t'y pas mignons ?

Star système

Ethos logos vulgum pecus se doit d'avoir un animal fétiche, une vedette comme flipper ou Mabrouck, pour séduire ses lecteurs les plus farouches. Nous sommes deux à fournir les articles de ce blog, nous avons le droit à deux personnages.

J'ai choisi ce cher Sam, heureux gagnant du concours des plus vilains chiens au monde. Sam est pour moi une sorte d'icône de la nature, si imprévisible qu'elle peut accoucher d'un chien plus moche qu'une chauve souris.
La nature gardienne de nos rêves et de nos cauchemars, peuplée de bêtes magnifiques et de créatures immondes, origine de notre âme à double tranchant capable du meilleur comme du pire.

Sam est mon icône, son image a remplacé mes posters de dauphins et mes nounours en peluche dans ma chambre.


L'est t'y pas beau ?

Fable macabre pour chatons à croquer

Dans la ville de Niš, en Serbie, les chiens errants, pourchassés depuis deux ans par la municipalité, ont désertés les rues et les résidences.
Les chats, libérés de la menace canine, ont investit l'espace, et se sont considérablement reproduits. Des milliers de chatons insouciants se coursent et chahutent un peu partout dans la ville, devenant les principales victimes des automobilistes.

Un soir de septembre, j'ai ainsi découvert, sur le parking d'une résidence, un chaton fraichement accidenté, encore chaud et couvert d'hémoglobine.
Un chaton du même âge, très vraisemblablement son frère, rôdait nerveusement autour de la scène, et venait régulièrement s'asseoir près du corps pour lécher longuement la fourrure maculée de sang du dos et de la nuque.




Quelques hypothèses viennent s'affronter pour interpréter le comportement du deuxième chaton :

- Le chaton agit mécaniquement, et reproduit le geste maternel sur son frère, sans prendre en compte ni le décès ni le goût du sang.
- Le chaton comprend le décès et exprime ainsi sa tristesse.
- Le chaton ne comprend pas le décès mais ressent la faiblesse de son frère, et tente ainsi de l'aider, de le réveiller ou de le rassurer.
- Le chaton affamé se repaît du sang de la victime, et s'apprête à changer la carcasse du frère en un festin nécrophage et cannibale.

Quelles hypothèses vous semblent crédibles ? Voyez-vous d'autres interprétations possibles ?

Si vous hésitez entre les deux dernières propositions, serez vous tentés de les combiner ? L'empathie, l'attendrissement, l'altruisme, fine fleur comportementale réservée aux animaux sociaux, et le cannibalisme de survie, guidé par les instincts les plus primitifs, peuvent ils se succéder ou se combiner dans le déroulement de cet acte ?

Petite recette

Petite expérience éthologique envoyée par un collègue biologiste.


Mettez 20 chimpanzés dans une chambre.

Accrochez une banane au plafond et mettez une échelle permettant d'accéder à la banane.

Assurez vous qu'il n'y a pas d'autre moyen d'attraper la banane que d'utiliser l'échelle.

Mettez en place un système qui fait tomber de l'eau très glacée dans toute la chambre (par le plafond bien sûr) dès qu'on commence à escalader l'échelle. Les chimpanzés apprennent vite qu'il ne faut pas escalader l'échelle.

Arrêtez le système d'eau glacé, de sorte que l'escalade n'a plus son effet de gel.

Maintenant remplacez l'un des 20 chimpanzés par un nouveau. Ce dernier va chercher à escalader et sans comprendre pourquoi, se fera tabasser par les autres.

Remplacez encore un des vieux chimpanzés par un nouveau, ce dernier se fera encore tabasser et c'est le chimpanzé introduit juste avant qui tapera le plus fort.

Continuez le processus jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que des nouveaux. Alors aucun ne cherchera à escalader l'échelle et si jamais il y en a un qui, pour une raison quelconque, ose y penser, il se fera massacrer illico presto par les autres.

Le pire c'est qu'aucun d'entre eux n'a la moindre idée du pourquoi de la chose.

Enseignement entre canidés

Enseignement d'une règle d'un chien à un autre, rapporté par Barbara Smuts, anthropologue et primatologue américaine. Tandis qu'elle jouait avec ses chiens, Safi, un solide croisement de bergers, et Andy, un airedale plus jeune et inférieur au premier, Barbara observa ceci :


"Je leur lançais plusieurs fois la balle. Normalement c'est Safi qui l'attrappait, car Andy lui cédait la place, même si la balle atterrissait plus près de lui. Une fois, cependant, après avoir fait un rebond imprévu, la balle se retrouva juste sous la truffe d'Andy, et Safi resta immobile à une certaine distance. Le jeune chien saisit la balle et me la rapporta, l'autre regardait la scène sans broncher.
Je la lançais de nouveau, et ce fut encore Safi qui l'intercepta. Mais, au lieu de venir me la donner, comme à l'accoutumée, il apporta la balle à Andy et la laissa rouler à ses pattes. Puis il recula et attendit. Naturellement Andy s'en saisit, et aussitôt Safi se jeta sur lui, le plaquant au sol, lui tenant le cou dans sa gueule et grondant sévèrement. Andy laissa immédiatement la balle et prit l'attitude de soumission qui convenait. Safi le libéra et le jeu reprit sans autre problème.
Mais, depuis cet épisode, pas une seule fois Andy n'a récupéré la balle. Le dominant semble lui avoir enseigné cette loi : "A ma balle, point ne toucheras !"

Fin d'une espèce


Cet article n'a peut être pas vraiment sa place sur ce blog. Néanmoins si vous vous interessez à l'éthologie, vous vous souciez sûrement de l'avenir des autres espèces animales.


Je voulais juste vous faire part de la disparition d'une espèce de dauphin, le dauphin de Chine, ou Baiji.
Il vivait dans le fleuve Yang Tsé depuis plus de 20 000 ans, l'Homme aura eu raison de lui en un rien de temps..


Souvenez-vous de lui pour que d'autre espèces ne s'éteignent pas dans l'indifférence générale.

Nos cousins en tongs

Les hommes ont les muscles et les femmes un cerveau (si si j’vous jure !). Et bien figurez-vous que c’est pareil chez les nos proches cousins les chimpanzés. Explications.
Lorsque le chimpanzé mâle chasse des petits vertébrés (lémurs, tarsiers…), il lui court après et il le tue avec ses mains. La femelle quant à elle, se confectionne une arme. On savait le chimpanzé capable d’effeuiller une branche pour « ramasser » les termites et de casser les noix avec des pierres. Mais ces outils-là sont plus perfectionnés. Ils sont taillés spécifiquement pour tuer ces petits vertébrés.
L’anthropologue américaine qui a conduit ces recherches, Jill Pruetz, souligne : « Le simple fait que des femelles chimpanzés chassent des vertébrés avec des outils est extraordinaire car nous avions toujours pensé que seuls les humains en étaient capables »







Outre ces armes et autres outils, les chimpanzés savent se fabriquer des sortes de tongs à partir de brindilles pour se protéger la voûte plantaire afin de pouvoir escalader les troncs d’arbres !
Les chimpanzés ont fait l’objet de nombreuses études et on continu néanmoins à apprendre des choses surprenantes à leur sujet. Un autre article (en préparation) traitera de l’automédication des grands singes. Ils connaissent en effet certaines plantes leur permettant de soigner des maux intestinaux, se guérir des maladies ou des blessures, se débarrasser des parasites… Certains scientifiques cherchent donc à déterminer quelles sont ces plantes et quelles utilisations l’homme pourrait en faire…

Pourquoi les éléphants se balancent-ils de gauche à droite?



Les éléphants de zoo se balancent souvent de droite à gauche et d'avant en arrière, effectuant une sorte de danse. On appelle cela une stéréotypie, ou comportement répétitif. Une stéréotypie est une action (hocher la tête, se balancer, ronger quelque chose, se gratter, etc...) qui est répétée un grand nombre de fois, sans raison ni but apparents.

D'autres animaux captifs présentent ce type de comportements : le tigre fait des allers-retours dans sa cage, le singe hoche la tête en permanence, l'ours fait toujours le même parcours (au nombre de pas près !), le cheval se frotte le cou contre la porte de son box, etc...
Ces comportements indiquent que l'animal est dans un état de stress, ou d'ennui. Ils apparaissent souvent sur des animaux dont les conditions de vie ne sont pas adaptées (enclos trop petits ou mal aménagés, présence de certains autres animaux "perturbateurs", domination humaine, etc...) Lorsqu'un animal présente ces symptômes, l'éleveur est sensé se poser des questions et chercher à comprendre d'où vient le problème, afin d'essayer de supprimer cet état.
La stéréotypie s'ancre progressivement dans la mémoire de l'animal et le poursuit, même libéré. Un éléphant dont on a attaché les pattes toutes les nuits aura bien du mal à cesser de tirer sur sa chaîne, même si elle n'existe plus.

Une autre interprétation du balancement de l'éléphant captif est liée à son anatomie, il lutte contre les divers méfaits de la position immobile. Chez les éléphants une artère passe sous les pattes et provoque des fourmillements, en se balançant il remet de la pression dans ses artères puis dans son coeur. Comme chez l'humain, faire deux ou trois pas vivifie les jambes.
Les deux explications ont toutes les chances d'être complémentaires. L'éléphant, même s'il se balance pour rétablir sa pression sanguine, exprime également par cette stéréotypie un malaise que provoque certains aspects de sa détention et son contact quotidien avec l'homme.

La morale ? Lorsque vous vous retrouverez en face d'un éléphant captif à la danse chaloupée diablement amusante, inutile de lui jeter une cacahouète, il vous fait ça gratis.

Conscience de soi: le test du miroir


En éthologie cognitive, le test du miroir permet d’évaluer la conscience de soi en permettant de déterminer si un animal est capable de reconnaître son propre reflet dans un miroir comme étant une image de lui-même.
N’en déplaise à Descartes qui définissait le comportement animal comme un enchaînement de réflexes dus à l’instinct faisant de l’animal un « animal-machine », l’éthologie a montré dès les années 70 que les chimpanzés sont capables d’utiliser un miroir pour explorer leur corps.

Le test du miroir est simple : il consiste à marquer l’animal avec une tâche colorée (qui se distingue bien du pelage ou de la peau et qui ne dégage pas d’odeur) sans que celui-ci ne s’en aperçoive et à le placer devant un miroir. Il ne reste plus qu’à observer et interpréter ses réactions. Ainsi, on peut observer en cas de réussite, un comportement tel qu’il montre clairement que l’animal est conscient que la tâche est sur lui : déplacement, flexion, mouvement de la tête, tâtonnement avec la patte… On les appelle « comportements auto-dirigés ».
Un comportement auto-dirigé, c’est une action qu’a l’animal sur son propre corps et qu’il réalise spontanément. C’est une sorte d’exploration du corps, l’animal sait ou cherche à savoir à quoi il ressemble.



Ci-dessous, une liste des comportements observés
à partir d’une étude sur les mammifères marins
:

Légendes :
+ = comportement acquis, que l’on retrouve chez tous les individus

- = aucun des individus observés n’a eu ce comportement
+- = comportement observé chez certains individus mais pas systématique

Outre le chimpanzé, le bonobo, l’orangs-outan, l’éléphant, le dauphin et l’orque « réussissent » le test du miroir. L’enfant y parvient à partir de 18 mois. Le gorille, de façon surprenante, échoue au test. Cet échec serait du au fait que les gorilles ne se regardent jamais en face : le contact visuel les yeux dans les yeux est considéré comme un comportement agressif.


Un exemple de comportement où l’animal reconnaît clairement que la tâche est sur sa tête : celui de la femelle orque. Une substance colorée a été déposée sur le corps de l’orque, dans le bassin de laquelle a été mis un miroir. L’orque inspecte son corps, remarque la tâche et va frotter la partie de son corps marquée sur une paroi du bassin. Elle revient vers le miroir et regarde de nouveau. Elle fera des aller-retours miroir-paroi jusqu’à ce que la tâche disparaisse totalement.

A partir de ces tests, on peut se demander si les animaux ont des états mentaux. Attribuer des états mentaux à l’animal, c’est comprendre s’il se représente ce que l’autre sait ou ne sait pas.

Un petit tableau pour comprendre….


cliquez sur le tableau pour le voir en grand
Légendes :
+ = comportement acquis, que l’on retrouve chez tous les individus

- = aucun des individus observés n’a eu ce comportement
+- = comportement observé chez certains individus mais pas systématique
? = résultat inconnu


Tous ces animaux outre la reconnaissance de soi, possèdent des comportements sociaux.
Les deux sont-ils liés ?




















bonobo ♂

Médecine éléphantine


Une éléphante à un stade de gestation très avancé se mit à marcher à une allure inhabituelle; ses filles la suivaient. Après avoir parcouru plusieurs kilomètres hors de son territoire, elle s'arrêta net devant un arbre dont elle mangea presque toutes les feuilles. Ses filles regardaient. Le lendemain, elle mit bas.
La biologiste Holly Dublin qui observait la scène prit les quelques feuilles qui restaient dans l'arbre et partit interroger les femmes Masaï de la réserve Mara, au Kenya. Les femmes expliquèrent en pouffant de rire qu'elles consommaient ces feuilles pour déclencher le travail en cas de grossesse difficile.

Cette observation cache une découverte majeure : Certains animaux utilisent les plantes pour ce soigner. De nombreux cas ont été observés chez les mammifères, qui semblent apprendre de leurs aînés ces rudiments de médecine. Certains peuples le savent mieux que nous, les indiens d'amérique considèrent que nous avons hérité de la médecine en observant les animaux.


Qu'en pensez vous ?




éléphant ♀ enceinte



tiré du livre "A quoi pensent les animaux?" de Marc D. Hauser

Des rats et des hommes








Faisons un peu de place à l'histoire, quand elle mèle l'homme et l'animal. Voici le passage d'un article
consacré aux rats, publié dans un journal français à l'époque de la grande guerre. On peut y rebondir sur cette pensée d'Albert Einstein, évoquée par Yves :


"Si le rat pesait 20kg, l'homme ne serait pas le maître du monde"



"MINUIT, dans la tranchée.... Le duel des canons s'apaise. L'ennemi est calme et semble ne projeter contre nous aucune attaque nocturne. Nos poilus essaient de s'endormir, confiants dans leurs «veilleurs » qui, l'oreille aux aguets et le regard scrutant l'ombre de la plaine, sont à leur poste.
Soudain, parmi les dormeurs, un cri — cri de colère et de dégoût à la fois: «Oh! la sale bête! Je l'avais sur le cou.... » Les camarades, en leur demi-sommeil, ont compris tout de suite: encore un de ces rats! Oui, des rats. Car nos braves des tranchées n'ont pas seulement à y redouter les balles allemandes et les obus, à y mener leur dure vie sous la pluie, dans le froid et dans la boue. Un autre ennemi, inattendu, les y assaille, tenace, répugnant et dangereux: c'est l'horrible gent ratière.


L'invasion est formidable. Elle atteint aussi bien les tranchées ennemies que les nôtres: et nous savons que les Allemands s'efforcent, tout comme nous, de s'en protéger. N'a-t- on pas vu, en certains endroits de la ligne de combat — en, particulier dans les carrières du Soissonnais — la pullulation des rats devenir telle que l'ardeur des opérations parfois s'en ressentait et que Français et Allemands interrompaient littéralement la lutte pour se débarrasser d'abord, les uns et les autres, de l'autre danger qui leur est commun.

Pourtant, bombardements et fumées asphyxiantes font, si l'on peut dire, la vie dure aux rats dans les tranchées de première ligne. L'explosion des grenades chasse les rongeurs de leurs trous, et, après chaque Vague de gaz asphyxiants, il n'est pas rare de trouver au fond des boyaux plusieurs centaines de cadavres de rats. Mais dans les tranchées de seconde ligne, dans les abris souterrains où se reposent les hommes qui ont la charge de défendre un secteur, et surtout dans les cantonnements où sont accumulées les provisions de toute sorte, c'est bien autre chose. Là les rats sont rois. Là, l'existence nocturne de nos soldats, et parfois même leur vie diurne, est rendue insupportable par le pullulement prodigieux des rongeurs. Chacun s'ingénie à se défendre contre leur audace et leur voracité, mais chacun, tôt ou tard, en est victime."




Si nous devions faire face à de nouvelles guerres mondiales, nous pourrions bien un jour tous finir dévorés par les rats. Avec leur taux de natalité incroyable, les maladies qu'ils répandent, leur tendance à la nécrophagie, et leur aisance dans le milieu nocturne,

ils n'auraient pas besoin de vingt kilos pour prendre notre place.




tiré de
ce site

Si vous venez de lire l'un des articles qui entourent cette photo de Jim Leachman,
vous avez bien mérité une pause avant de lire l'autre.




Entre la tranchée et la rivière glacée, la statue d'orang-outan et son visiteur macaque, en Asie.

Histoire d'une vengeance

Généralement les macaques se vengent d'une offense en s'en prenant à un membre de la famille du coupable, moins fort et moins élevé dans la hiérarchie. Pourtant, il existe quelques histoires de vengeances pures et simples. Pas sûr que nous tirions là matière à débat (sauf si certains veulent y reconnaitre des blogueurs), mais l'histoire est belle. C'est un cas exceptionnel, il est observé dans une colonie de macaques japonais qui vivent sur une île, dans un zoo, par Brenda Miller, une étudiante en éthologie. Je livre l'observation brute, mais remaniée sur la forme pour pouvoir enlever tous ces prénoms débiles que donnent les scientifiques aux animaux.


macaque japonais ♀

"Une femelle de bas rang hiérarchique était régulièrement tourmentée par un dominant. Un jour elle a trouvé le courage de s'opposer à lui, et s'est retournée pour lui tenir tête lors d'une course poursuite. En l'espace de quelques secondes, la femelle s'est alors retrouvé submergée par une meute déchaînée : tout un groupe de macaques l'a obligée à battre en retraite jusque dans l'eau entourant l'île. On était en mars dans le Wisconsin et le thermomètre passait sous la barre du zéro. Les assaillants ont obligé la femelle à rester dans l'eau glacée plus de vingt minutes. Lorsque finalement elle a réussi à se hisser sur le rivage cinq agresseurs lui sont tombé dessus pour la mordre.


Elle souffrait d'hypothermie et de blessures superficielles. Le vétérinaire l'a gardée pour la nuit, et dès le lendemain elle retrouva son île et sa colonie. Tout le personnel du zoo s'était déplacé, inquiet de la voir à nouveau victime d'une sévère agression. Mais dès la femelle blessée apparue sur l'île, les macaques se sont dispersés en hurlant, et une forte tension s'est installée. La femelle, encore affaiblie et boitillante, s'est dirigée droit sur le mâle qui avait mené l'attaque de la veille. Pendant les dix sept minutes qui ont suivi, elle l'a attaqué treize fois, ignorant ceux qui, comme le mâle alpha (voir dico), tentaient de l'arrêter. Quand elle se trouvait paralysée par ceux qui s'interposaient, ses deux rejetons reprenaient la chasse au coupable.
Enfin, le conflit s'est apaisé. Le dominant a essayé d'approcher la femelle à trois reprises, mais elle ne semblait pas d'humeur à accorder son pardon, à chaque fois elle s'est écarté de lui. Le mâle l'a frappée, a fait un mouvement de parade avec la queue, puis l'a quittée. C'est seulement alors que le groupe a repris ses activités habituelles."



macaque japonais ♂




Moi quand je lis une histoire de ce type, une observation crue de toute explication éthologique. Les comportements sociaux des singes m'apparaissent vraiment difficiles à suivre. Ils sont complexes, rejoignent et s'écartent tour à tour des comportements humains. Enfin, il me parait y avoir une certaine part de justice dans cette affaire, sinon comment expliquer que la colonie ainsi s'énerve, tente de calmer le conflit, et finalement laisse la femelle se venger du dominant, sans lui faire goûter à nouveau aux morsures et à l'eau de la rivière ?




tiré du livre "Le bon singe, les origines naturelles de la morale", de Franz de wall

Les trois rôles du rat

Les rats étudiés en laboratoire, sont des rats albinos dérivant du surmulot (rat noir, ratus norvegicus).


L'expérience consiste à mettre un rat dans une cage. Chaque jour pendant trois heures, un grillage s'ouvre sur un tunnel d'un mètre cinquante. Au bout, se trouve un distributeur de croquettes. Les premiers jours,le rongeur atteint le distributeur sans avoir à se mouiller. Les jours suivants, de l'eau envahi le tunnel. Au bout de deux semaines, le rongeur ne peut atteindre la nourriture qu'en plongeant et en nageant en apnée. Il trempe sa moustache, hésite, mais fini par plonger. Cette opération lui prend quatre secondes. Il la répète six fois par jour, pour obtenir le nombre de croquettes dont il a besoin. Tous les rats, confronté à cette expérience, la réussissent sans problèmes.




Didier Desor, du laboratoire de biologie du comportement et de psychologie de l'université de Nancy, réuni alors six rats. Tant qu'il n'y a pas d'eau, tous les rats vont se nourrir. Au bout de Quinze jours, lorsqu'ils doivent plonger, la situation change. Trois rongeurs refusent de se jeter à l'eau. Ce jour-là, ils ne mangent pas. Le lendemain, ils vont pourtant se nourrir sans plonger. Comment? En arrachant leur nourriture aux plongeurs. Dès qu'un de ces rats revient avec une croquette, un "profiteur" l'attaque et s'empare de la nourriture. Sur les trois plongeurs, un seul se défend et garde sa croquette, on l'appellera "autonome". Les deux autres devront d'abord rassasié les fainéants avant de se nourrir, on les nommera "transporteurs". Cette structure sociale ne se modifiera plus.

L'équipe du laboratoire s'est alors demandé ce qui se passerait si l'on réunissait six transporteurs. Allaient-ils tous plonger? Pas du tout. Le même phénomène s'est reproduit. Trois rats ont refusé de plonger, l'un est devenu autonome, les deux autres sont restés transporteurs. Six non-transporteurs ont alors été réunis et le résultat a été strictement identique.


Peut-on parler de maître et d'esclave, de dominants et de dominés? Didier Desor a un doute. D'abord, le rat qui résout le mieux le problème est incontestablement l'autonome. De plus, si vous privez le dominant de son ravitailleur, il se révélera au bout d'un certain temps incapable de s'alimenter. Enfin, il ne devient pas non-transporteur parce qu'il se sent plus fort, mais par inhibition. La preuve? Administrez-lui un tranquillisant du genre Valium, et il plongera...


Cette expérience est une véritable star des laboratoires, les interprétations que l'on peut trouver sont aussi nombreuses que les chercheurs qui se sont penchés sur le problème.
J'aimerais, maintenant que vous avez tous les détails de cette expérience, que vous tiriez vos propres conclusions de ces résultats, voudriez vous m'en faire part ?



Allons, prenez ce rat... là... délicatement ; et dîtes moi ce que vous en pensez...






l'expérience et les conclusions de Didier sur ce site

Le casse-noix de Clark et le "milieu"

Beaucoup d’animaux voyagent en se guidant grâce au ciel, au magnétisme, aux odeurs, mais aussi selon des repères de leur environnement représentés par une carte cognitive. (voir Abeille et représentation spatiale) Mais peuvent ils naviguer à partir de concepts spatiaux abstraits ?

Le casse-noix de Clark se prête parfaitement à un test sur les connaissances spatiales, parce qu’il utilise sans cesse l’analyse spatiale quand il stocke et va rechercher d‘énormes quantités de graines un peu partout dans la forêt.
Les psychologues Alan Kamil et Juli Jones ont entraîné des casse-noix de Clark à retrouver de la nourriture située à mi-chemin entre deux repères, placés sur un axe nord-sud et séparés par une distance variant entre 20 et 120 centimètres.
Les chercheurs ont ensuite fait varier l’axe et la distance entre les repères, jusqu’à atteindre plusieurs dizaines de mètres, tout en continuant à placer la nourriture à mi-chemin.
Les casse-noix ont facilement réussi l’épreuve, cherchant à mi-chemin de n’importe quelle paire d’objets, quelle que soit la distance qui les sépare et l’axe utilisé.
Ces résultats montrent que le casse-noix se fait une représentation de la relation géométrique entre les repères – quelque chose comme le milieu – et s’en sert pour retrouver la nourriture.

Contrairement à la navigation reposant sur des repères saillants (un rocher, un arbre, un tapis de fleur, un lac), la référence au concept du « milieu » est abstraite et relativement indépendante des détails particuliers de l’environnement. Certains animaux peuvent donc se servir de concepts spatiaux abstraits quand ils naviguent.

L’expérience a un impact important sur l’étude de ces repères chez l’être l’humain. En effet, une corrélation entre l’acquisition des connaissances linguistiques et des connaissances spatiales est établie sur la base des recherches de Linda Hermer et Elizabeth Spelke. Ces psychologues ayant démontré que les connaissances spatiales de l’enfant sont réduites par rapport à celles de l’adulte, et que cette différence s’estompe une fois que l’enfant maîtrise les mots qui désignent les concepts spatiaux (au dessus, en dessous, devant, derrière, au milieu…)
Certains chercheurs y ont donc vu un lien de cause à effet : on apprend le langage, et les concepts spatiaux en ressortent.

Or, le casse-noix de Clark, "linguistiquement ignare", vient contredire ce lien. Cela préserve le fait que le langage de l’humain renforce ses connaissances spatiales, mais il ne faudrait apparemment pas y voir un lien fermé de cause à effet.


Le langage n’est pas absolument nécessaire
à l’apparition
de concepts spatiaux abstraits,
foie de casse-noix !






tiré du livre "A quoi pensent les animaux?" de Marc D. Hauser

Amitié animale

tortue mâle de 130 ans et bébé hippo

"Ils ont surpris les scientifiques par l'intensité de leur attachement réciproque et leur mode de communication verbal, qui est unique".
wikipedia

Abeille et repères spatiaux

Question :

L'abeille part en éclaireuse surveiller divers sites de ravitaillement relativement connus, zones dont la disponibilité alimentaire dépend des variations saisonnières du pollen. Si elle découvre qu'un site dispose d'une grande quantité de nectar, elle revient à la ruche et effectue une danse devant ses compagnes.
Selon les informations données par la danse et les besoins du moment de la ruche, les observatrices se mettront en route pour butiner, ou bien resteront sur place.
Elles doivent donc traiter les informations que donne la danse et les intégrer dans un système de représentation spatiale.
Les chercheurs ont deux hypothèses pour expliquer quel type de représentation spatiale sous-tend la décision de l'abeille de partir butiner, et par quel moyen elle trouve la nourriture.
Pour certains chercheurs, elle se dirige grâce à une carte cognitive (voir dico), pour d'autres elle se souvient des itinéraires qu'elle a déjà suivis, fonctionnant grâce à une sorte de Polaroïd mental avec lequel elle prend des clichés des itinéraires familiers.
Expérience :
Le scientifique Gould a observé une ruche qu'on avait gardé près d'un lac suffisamment longtemps pour être sûr que les abeilles étaient familiarisées avec l'environnement local.

Chaque jour, Gould entraînait des butineuses à aller d'un point où on les lâchait loin de leur ruche vers un bateau tiré à terre, plein de nectar. Quand, les pattes pleines de pollen, elles s'apprêtaient à quitter le bateau, il les capturait pour les empêcher de rentrer à la ruche.
Puis, renouvelant l'exercice chaque jour, il éloignait progressivement le bateau du point où on les lâchait, jusqu'à ce qu'il se trouve au beau milieu du lac.
Là il les a laissées faire leur récolte et atteindre leurs congénères.

En arrivant à la ruche, elles ont dansé en indiquant la position du bateau chargé de nectar. Bien que les autres abeilles aient observé la danse, aucune d'elles ne bougea.
Selon Gould, elles ont réagi à la danse des butineuses en se référant à leur carte cognitive, qui n'indiquait aucune source de nectar au milieu du lac. Mettant en doute le message, les membres de la ruche attendaient une danse plus crédible.


Gould avait de la suite dans les idées et devança d'avance les critiques. On aurait pu facilement nier cette expérience en expliquant que les abeilles évitent en général de traverser de larges étendues d'eau, à cause des courants d'air imprévisibles et autres difficultés de navigation. Si cette interprétation était juste, elles ne devraient jamais survoler d'étendues d'eau mais emprunter des chemins détournés.

Gould déplaça donc le bateau, non plus au milieu de l'eau, mais sur la rive du lac opposée à la ruche, le plus près possible du bord, près d'un champ de fleur.
Il renouvela l'expérience, et là, suite à la danse des butineuses, un grand nombre d'abeilles se sont mises en route vers le bateau, traversant le lac en ligne droite.

Ces résultats montrent ensemble qu'au lieu de foncer tête baissée vers un endroit indiqué par une éclaireuse, l'abeille traite les informations données et les évalue en fonction de ce qu'elles sait des coordonnées du lac et du terrain qui l'entoure. Elle possède une carte cognitive qui indique les points saillants de son environnement, et elle l'utilise pour vérifier la crédibilité d'une information fournie par une congénère.

Conclusion
:
tout ça dans un si petit cerveau...






tiré du livre "A quoi pensent les animaux?" de Marc D. Hauser

Observations - découvertes I : une majorité de biches



Les scientifiques ont étudié avec un oeil nouveau l'organisation des groupes de biches, principalement constitués de femelles apparentées (en dehors de la période du rut).



Ils nous ont jusqu'à présent expliqué que les décisions de la troupe étaient prises par la femelle la plus âgée et expérimentée...

Hors, le film "politique animale" de Guillaume Poyet nous apprend que les chercheurs ont observé chez de nombreux groupes de biches un phénomène long et fort peu spectaculaire mais qui apporte une nouvelle vision sur l'organisation de ces mammifères :


Un groupe de biches se tient paisible dans une prairie. Certaines sont couchées, d'autres broutent. A un moment donné, une biche se lève et redresse la tête pour se fixer de manière visible dans une direction. Alors on assiste à deux phénomènes, qui s'étalent sur une demi-heure environ :

*
soit les biches se lèvent petit à petit et se maintiennent la tête droite dans la même direction que la première, et lorsque la majorité est atteinte, elles se lèvent toutes et partent dans cette direction
* soit aucune ou trop peu de biches imitent la première, et toutes se recouchent ou se remettent à brouter

Les scientifiques ont prouvé depuis longtemps par la "soutenance du regard" (voir dico) que les animaux savent compter, pas de manière abstraite comme Hans le prétendait, mais d'une manière très concrète, et à un niveau limité.
Les biches se comptent-elles pour savoir si la majorité est atteinte ou procèdent elles autrement ? question encore non élucidée.

Le phénomène a été suffisamment observé récemment pour avoir la certitude de l'existence de ce processus de prises de décisions collectives.
La démocratie était soupçonnée depuis longtemps chez les fourmis, chez les biches elle vient d'être prouvée.

Hans le malin

Hans le malin en représentation

Au début du XXème siècle, Wilhelm von Osten, un professeur de mathématiques, célébra sa retraite en passant quelques temps à parcourir la campagne Allemande.
Il réapparut un beau jour en ville, montant un grand cheval brun, qu’il avait appelé Hans, et dont il vantait à qui voulait l’entendre les talents exceptionnels.
Ainsi devant une foule de badauds rassemblés hâtivement, Von Osten entreprit maintes expériences tout bonnement effarantes : Il posait des questions basées sur des chiffres à Hans, qu'il formulait soit oralement en allemand, soit par écrit sur un tableau, et le cheval répondait en tapant du sabot.

Pour déchiffrer la question, l’animal devait donc être capable de décomposer les sons articulés en mots et syntagmes ayant un sens, ou bien comprendre des symboles manuscrits. Les procédés relèvent, en soi et indépendamment l’un de l’autre, de facultés hors normes.

Mais ce n’étaient pas là les seules qualités de la bête. Hans était particulièrement doué en arithmétiques, et parvenait facilement à résoudre, en nombres entiers, additions, soustractions, fractions et racines, d’un niveau égal à celui d’adolescents au collège.

Hans avec Wilhelm von Osten

L’effet sur les badauds fut spectaculaire. Évidemment le professeur fut accusé de n’être qu’un charlatan ordinaire. Mais sa réponse fut alors expéditive : « mon cheval est un génie des mathématiques, prouvez-moi le contraire. »
Il accepta donc qu’une commission de treize scientifiques, menée par le psychologue et philosophe Carl Stumpf, s’isole avec Hans pour effectuer bon nombre de tests. Les savants revinrent quelques semaines plus tard annoncer au monde la découverte du siècle : Kluge Hans (Hans le malin) avait passé toutes les épreuves avec succès, "la commission Hans" venait de le couronné du titre de premier cheval au monde doué en mathématiques, et cela fit grand bruit dans l’Europe entière.

Cependant, un psychologue dénommé Oskar Pfungst ne voulut pas croire à ces sornettes, et demanda à son tour l’autorisation de garder Hans pour le soumettre à quelques expériences. Le scientifique prouva en très peu de temps que tout ceci n’avait rien de mathématiques. Il fit entrer Hans dans une salle remplie d’un public exclusivement constitué d’enfants et de paysans analphabètes, ignorant les réponses, et là…le cheval…enfin…séchait.
On pensa alors à des facultés de télépathe, ce qu’Oskar réfuta, en expliquant sa thèse : Le corps et le visage humains donnent des informations, Hans était assez malin pour les déceler et les utiliser. Tout en tapant du sabot il observait les membres du public ou les scientifiques qui l’interrogeaient, et il était informé par d’infimes variations de comportements lorsque venait le moment pour arrêter son geste. Bien que personne dans l’assistance n’ait eu conscience de ce qu’il communiquait, le cheval puisait en eux les indices nécessaires.
En fait, même après qu'Oskar Pfungst eut découvert ce procédé, il fut incapable de ne pas donner les réponses à Hans. Certaines parties de son corps, comme ses sourcils, indiquaient malgré lui au cheval d’arrêter de taper du sabot, et Hans s’exécutait.

Hans le malin n’avait aucune notion des nombres ou des mathématiques, mais il méritait tout de même son surnom. Il était sublime pour décoder le langage du corps, et, en l’occurrence, celui du corps humain.

Hans avec Oskar Pfungst



tiré du livre "A quoi pensent les animaux?" de Marc D. Hauser et de Wikipedia

Dictionnaire évolutif

Ce dictionnaire, qui va s'enrichir en même temps que le blog, est principalement basé sur les articles de wikipedia.

Carte Cognitive :
Représentation mentale de l'environnement semblable à une carte routière, mais basée sur des points essentiels qui varient selon le mode de locomotion et les centres d'intérêts de l'animal.
Cognition : la cognition regroupe les divers processus mentaux allant de l'analyse perceptive à la commande motrice (en passant par la mémorisation, le raisonnement, la décision, le langage...)
Elle regroupe donc les fonctions de l'esprit humain (ou animal) par lesquelles nous construisons une représentation opératoire de la réalité à partir de nos perceptions, susceptible en particulier de nourrir nos raisonnements et de guider nos actions
Psychologue / Psychologie : Etymologiquement, la psychologie est l'étude (logos) de l'âme (psukhê). En son sens grec, cette étude porte sur les fonctions végétatives (psychophysiologie), sensitives (perceptions, motivation, motricité) et intellectives (psychologie cognitive)
Mâle et femelle Alpha : Meneur, meneuse ou couple dominant d'une meute. Chez les loups seuls le mâle et la femelle Alpha s'accouplent. Chez les éléphants de mer le mâle Alpha est le seul à s'accoupler avec un grand harem de femelle....ect...
Soutenance du regard : cette expérience effectuée sur de nombreux animaux (principalement des mammifères sociaux) et bébés humains consiste à mettre un certains nombre d'objets devant le sujet (en général 3 ou 4). Au début tout sujet est intéressé par les objets. Puis on cache avec un drap et on redécouvre les objets à de nombreuses reprises. Le sujet se lasse et ne regarde que très peu de temps les objets. Enfin on cache à nouveau le tout et on enlève ou on rajoute un objet, puis, lorsqu'on retire le drap, on observe si l'animal ou le bébé est alors plus captivé, si son regard est plus soutenu. Si oui cela signifie qu'il a un début de faculté à savoir compter.
Syntagme : relation de contiguïté entre les unités de langage, qui participe au phénomène de la signification. Axe syntagmatique = axe métonymique du langage (opposé à l'axe paradigmatique qui est l'axe métaphorique, associant les unités de langage par relation de substitution ) Une définition rédigée par Scheiro, que je remercie.

Raf se prend pour un singe

Ce message est une pensée personnelle qui n'engage que moi.

Dans ma vie rien ne m'a plus marqué que deux séquences, séparées par quelques années, et diffusées dans des films qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre.

Le premier film est un documentaire animalier sur des chimpanzés que l'on élève par petits groupes sur des îles minuscules, pour effectuer des observations et des expériences.
Lors de cette séquence, l'équipe de tournage s'approche d'une plage et la troupe de chimpanzés les accueille disposée en arc de cercle sur le sable. Un grand mâle s'avance dans l'eau jusqu'au genoux et frappe la surface avec une grosse branche, pour prévenir les hommes de ses intentions hostiles.

Le deuxième film est un documentaire ethnologique sur un peuple perdu en forêt vierge, dont j'ai malheureusement oublié le nom. La voix off nous précise fièrement que ces images sont les premières tournées sur ces gens vivant en totale autarcie.
L'équipe à bord d'une pirogue se rapproche doucement de la minuscule population, qui réagit en formant un arc de cercle sur la rive. Un homme adulte s'avance dans l'eau et, munit d'une grosse branche, frappe la surface de toutes ses forces pour prévenir les intrus du risque encouru s'ils décident de se rapprocher encore.

Voilà, soit nous décidons que ces sauvages n'ont pas grand chose d'humain, soit nous admettons notre animale condition. J'entends et je lis souvent que les hommes sont des moutons, des chiens, des loups, des agneaux, des boeufs, des paons, des rats... mais nous sommes et nous resteront des primates, chimpanzés de nature (et babouins de comportement).

ces deux séquences me trotteront dans la tête pour longtemps.... elles tiennent une grande part dans ma décision d'utiliser un chimpanzé pour remplacer ma tronche dans le profil.





Cheeta vous salue bien bas ! :-)